Un scoliomètre affiche un nombre, en degrés. Ce nombre est l’angle de rotation du tronc (ATR) : il indique de combien un côté du dos se soulève par rapport à l’autre lorsque la personne se penche en avant. C’est une mesure de dépistage de l’asymétrie du tronc. Ce n’est pas l’angle de Cobb, ce n’est pas un diagnostic, et le même nombre ne signifie pas la même chose chez tout le monde. Ce guide explique comment lire les seuils courants — 5°, 7° et 10° — et ce que chacun doit vous amener à faire ensuite.

L’essentiel. En dessous de 5°, la valeur est généralement considérée comme faible. Une mesure dans la bande 5°–6° mérite votre attention et une reprise soigneuse. 7° ou plus est le seuil le plus largement utilisé pour proposer un avis professionnel. Et si le chiffre semble monter d’un contrôle à l’autre, la bonne réaction n’est pas de retenir un nombre : c’est de refaire la mesure un autre jour, dans les mêmes conditions et par la même personne, puis de demander un avis si la valeur la plus élevée se reproduit.
Le scoliomètre est une aide au dépistage. Seul un professionnel de santé, le plus souvent à l’aide d’une radiographie, peut confirmer l’existence d’une scoliose et mesurer l’ampleur de la courbure.
Lorsqu’une personne réalise le test de flexion antérieure (test d’Adams), toute rotation du rachis soulève les côtes ou les muscles d’un côté plus que de l’autre : c’est la gibbosité. Posez un scoliomètre — un modèle physique ou l’application Scoliomètre sur un téléphone — en travers du dos, au sommet de cette gibbosité : l’appareil lit l’inclinaison en degrés. Cette inclinaison, c’est l’ATR.
Parce que l’ATR mesure la surface du dos et non les vertèbres elles-mêmes, c’est un signal indirect. Il est lié à la courbure sous-jacente, mais de façon lâche : selon les études publiées, la corrélation entre l’ATR et l’angle de Cobb radiographique s’étale d’environ 0,46–0,54 (Amendt, 1990) à environ 0,7 (Coelho, 2013). Autrement dit, un ATR plus élevé va généralement de pair avec une courbure plus importante, mais on ne peut convertir l’un en l’autre avec la moindre précision. C’est pourquoi les sections qui suivent parlent de ce qu’il faut faire à chaque valeur, et non de l’angle de Cobb auquel elle « correspondrait ». Pour la comparaison complète, voyez ATR et angle de Cobb.
| Mesure ATR | Comment elle est généralement interprétée | Étape suivante raisonnable |
|---|---|---|
| 0°–4° | Faible. Les petites asymétries situées dans cette bande sont fréquentes et ne correspondent le plus souvent à aucune courbure notable. | Poursuivre une surveillance de routine, en particulier pendant les années où l’enfant prend 7 à 10 cm en douze mois. Notez la valeur pour pouvoir repérer une évolution. |
| 5°–6° | Limite, vigilance. Assez marquée pour ne pas être ignorée, sans que la plupart des mesures de cette bande correspondent à une courbure importante. | Refaire la mesure avec soin (même personne, même niveau vertébral). C’est le niveau auquel beaucoup de cliniciens orientent un enfant en surpoids, parce que les tissus mous masquent la rotation. |
| 7°–9° | Élevée. 7° est le seuil le plus souvent cité pour proposer un examen par un professionnel. | Prendre rendez-vous avec le médecin traitant ou le pédiatre, qui orientera si nécessaire vers un chirurgien orthopédiste, un médecin MPR (médecine physique et de réadaptation) ou un masseur-kinésithérapeute habitué à la scoliose. |
| 10° et plus | Nettement élevée. | Demander un avis professionnel. Une valeur de ce niveau n’est toujours pas un diagnostic, mais elle justifie une évaluation complète, le plus souvent avec imagerie. |
| Une valeur qui semble monter d’un contrôle à l’autre | Refaire la mesure un autre jour, dans les mêmes conditions et par la même personne, avant d’en tirer quoi que ce soit — puis demander un avis si la valeur la plus élevée se reproduit. La tendance compte souvent plus qu’un relevé isolé. | |
Ces bandes correspondent aux conventions de dépistage utilisées à l’international — le seuil de 7° remonte aux travaux de Bunnell sur le scoliomètre — et ce sont celles qu’applique l’application. Il faut le dire clairement : aucun texte français ne fixe de seuil de rotation du tronc. Ni la Haute Autorité de santé, ni l’Assurance maladie, ni le carnet de santé, ni les textes de santé scolaire ne retiennent de valeur d’ATR à partir de laquelle il faudrait consulter. Selon les équipes et les programmes, le point de déclenchement se situe le plus souvent entre 5° et 7°.
Cinq degrés se situe exactement sur la limite. En soi, ce n’est pas alarmant, et une grande partie des mesures à 5° ne correspondent à aucune courbure notable. Mais c’est aussi le point où quelqu’un qui dépiste sérieusement s’arrête et regarde de plus près, au lieu de passer à autre chose.
Trois éléments déterminent ce qu’une mesure de 5° doit déclencher :
Une précision qui évite beaucoup d’angoisse inutile : un dos qui paraît asymétrique debout n’est pas forcément une scoliose. On parle d’attitude scoliotique lorsque la déviation est réductible, sans rotation vertébrale, et qu’elle disparaît quand la personne s’allonge — elle est souvent liée à une inégalité de longueur des membres inférieurs ou à une simple posture. C’est exactement ce que le test de flexion antérieure permet de distinguer : dans une attitude scoliotique, la flexion en avant ne fait apparaître aucune gibbosité et le scoliomètre reste proche de zéro. Une valeur qui tient à 5° en flexion correspond, elle, à une rotation réelle, même modeste.
Face à un 5° stable, la réponse raisonnable n’est ni la panique ni l’indifférence : rapprochez les contrôles et observez la tendance. Voyez surveiller pendant la croissance pour la fréquence des mesures. Notez chaque valeur avec sa date : le carnet de santé comporte, aux examens des 8–9 ans, 11–13 ans et 15–16 ans, une ligne imprimée « Statique vertébrale : scoliose ☐ non ☐ oui », et vos relevés donnent au médecin un élément concret à confronter à cet examen.
Sept degrés est le chiffre auquel se réfèrent la plupart des recommandations de dépistage pour décider s’il faut faire intervenir un professionnel. Cela ne veut pas dire qu’une courbure est confirmée, et cela ne dit rien de sa taille : cela signifie que l’asymétrie du tronc est désormais assez marquée pour qu’un clinicien y regarde de près.
Vous croiserez souvent l’équivalence « 7° d’ATR pour 20° d’angle de Cobb ». Elle circule depuis des décennies, mais aucune étude ne l’établit comme un résultat, et la dispersion d’une personne à l’autre est bien trop large pour qu’on s’en serve chez quelqu’un en particulier. Nous ne la publions donc pas comme une conversion. Ce qu’il faut retenir est plus simple : à partir de 7°, faites examiner ce dos plutôt que d’attendre de voir si le chiffre continue de monter.
Un point utile à connaître en France : le seul chiffre qui ait ici un poids officiel n’est pas un chiffre de scoliomètre. C’est 25° d’angle de Cobb. Au titre de l’ALD n°26, une scoliose structurale évolutive dont l’angle atteint ou dépasse 25° ouvre droit à une prise en charge à 100 % jusqu’à la maturité osseuse. Mesurez bien la distance entre les deux : il s’agit d’un seuil financier, appliqué à une mesure radiographique réalisée par un médecin. Deux étages au-dessus d’une valeur lue sur un téléphone. Un ATR de 7° ne vous dit rien de ce droit ; il vous dit seulement qu’il est temps de prendre rendez-vous.
Dix degrés est nettement élevé et doit conduire à une évaluation professionnelle sans tarder — mais, c’est important, cela reste un ATR : ni un angle de Cobb, ni un diagnostic. Le médecin examinera le dos, reprendra les antécédents et, s’il l’estime utile, demandera une radiographie pour mesurer la courbure réelle.
Si une radiographie est demandée, sachez que certains centres français utilisent le système EOS, une imagerie biplanaire à faible dose issue des travaux de Georges Charpak, prix Nobel de physique. La dose délivrée se situe environ 50 à 80 % en dessous de celle de la radiographie conventionnelle (Melhem, J Child Orthop, 2016). C’est un point à évoquer avec votre médecin si la perspective d’examens répétés pendant la croissance vous inquiète.
Gardez le sens des proportions en même temps que le sérieux. Même parmi les enfants adressés pour une valeur élevée, une large part des scolioses idiopathiques est prise en charge par la surveillance, les exercices ou le corset — pas par la chirurgie. Une valeur haute est une raison d’obtenir des réponses, pas un verdict.
Une mesure au scoliomètre ne vaut que ce que valent les conditions dans lesquelles elle a été prise. La même personne peut produire des chiffres différents selon :
C’est pourquoi la technique compte autant. Si vos chiffres sautent d’une fois sur l’autre, reprenez comment utiliser un scoliomètre et le guide sur la fiabilité des applications avant de conclure quoi que ce soit à partir d’une valeur unique.
Vous aurez remarqué que nous ne vous donnons aucun chiffre d’augmentation d’ATR qui devrait vous alerter. C’est volontaire : des mesures répétées du même dos diffèrent de plusieurs degrés d’un observateur à l’autre, si bien qu’une valeur plus haute, prise isolément, ne prouve rien. La conduite à tenir est celle-ci : refaire la mesure un autre jour, dans les mêmes conditions et par la même personne, puis demander un avis si la valeur la plus élevée se reproduit. Le critère d’évolutivité qui fait référence en France est d’ailleurs radiographique et non cutané : le guide ALD de la Haute Autorité de santé (2008) retient une aggravation de plus de 5° d’angle de Cobb sur 4 à 6 mois, mesurée sur radiographies par un clinicien. Aucun scoliomètre, quel qu’il soit, ne peut évaluer ce critère.
Les travaux évalués par les pairs sur la mesure de l’ATR par smartphone ont globalement trouvé une bonne concordance avec un scoliomètre physique, et une bonne constance lorsque la même méthode est appliquée avec soin. Ces études portaient sur la méthode ATR, à travers différentes applications et différentes techniques ; ce n’étaient pas des essais cliniques d’une application en particulier, celle-ci comprise. Un téléphone peut donc vous donner un ATR fiable et reproductible pour dépister et pour suivre — mais une valeur élevée, ou qui se confirme à la hausse, est une invitation à consulter, jamais un remplacement de la consultation.
Relu par le Dr Kevin Lau, D.C., M.H.N.
Fondateur de ScolioLife et concepteur de l’application Scoliomètre, il consacre depuis plus de 25 ans sa pratique à la prise en charge non chirurgicale de la scoliose. Docteur en chiropratique (États-Unis) et titulaire d’un master en nutrition holistique.
Dernière mise à jour : 2 août 2026. Cet article a une visée informative et ne remplace pas une évaluation individuelle par un professionnel de santé qualifié.
Non. Le scoliomètre mesure l’angle de rotation du tronc à la surface du dos. L’angle de Cobb, lui, se mesure sur une radiographie du rachis. Les deux sont liés mais ne sont pas interchangeables, et un scoliomètre ne peut pas vous donner un angle de Cobb.
Cinq degrés est une valeur limite plutôt qu’alarmante, et beaucoup de mesures dans cette bande ne correspondent pas à une courbure significative. Refaites la mesure soigneusement, notez chaque valeur avec sa date et rapprochez les contrôles — en particulier si l’enfant prend 7 à 10 cm en une année, ou s’il est en surpoids, situation dans laquelle 5° sert souvent de point d’orientation.
Non. 7° est le seuil que la plupart des programmes de dépistage utilisent pour proposer un avis professionnel, pas un diagnostic. Seul un professionnel de santé, le plus souvent à l’aide d’une radiographie, peut confirmer une scoliose et mesurer la courbure.
À aucun, de façon fiable. En moyenne, un ATR plus élevé va de pair avec un angle de Cobb plus élevé, mais la corrélation publiée s’étale d’environ 0,46 à 0,54 jusqu’à environ 0,7 selon les études, et l’écart d’un individu à l’autre reste large. L’équivalence « 7° d’ATR pour 20° de Cobb » circule beaucoup sans qu’aucune étude ne l’établisse : ne vous en servez pas. En France, le seuil de 25° d’angle de Cobb existe bien, mais c’est un critère de prise en charge (ALD n°26), pas une conversion.
De petites différences de profondeur de flexion, de position de l’appareil, de niveau vertébral mesuré, d’opérateur et de position du corps modifient chacune la valeur. Balayez tout le rachis, retenez la valeur la plus élevée, et gardez autant que possible la même personne et la même technique à chaque fois.
Les deux. Balayez tout le rachis pendant que la personne est penchée en avant et retenez l’ATR le plus élevé que vous trouvez. La rotation peut apparaître dans la région thoracique (haute) comme dans la région lombaire (basse).
Nous ne donnons pas de chiffre, parce qu’il n’en existe pas de fiable : des mesures répétées du même dos diffèrent de plusieurs degrés d’un observateur à l’autre. Ce qui compte, c’est la reproductibilité — refaites la mesure un autre jour, dans les mêmes conditions et par la même personne, puis parlez-en à votre médecin traitant si la valeur la plus élevée se reproduit. Le critère d’évolutivité retenu en France (guide ALD de la HAS, 2008) porte d’ailleurs sur l’angle de Cobb mesuré sur radiographies, pas sur une mesure de surface.
La convention 5°/7° vient du dépistage de l’enfant et de l’adolescent. Un adulte peut tout à fait utiliser un scoliomètre pour se dépister et suivre une évolution, mais l’interprétation d’une valeur donnée chez l’adulte se discute avec un clinicien, car un rachis adulte évolue pour d’autres raisons.
L’application Scoliomètre mesure l’angle de rotation du tronc et vous permet d’enregistrer chaque relevé, pour observer la tendance au lieu de réagir à un chiffre isolé. Une aide au dépistage — pas un outil de diagnostic.
Les résultats varient d’une personne à l’autre et dépendent de l’âge, de la maturité osseuse, du type de courbure, de la morphologie, de la technique de mesure et de la régularité des relevés. L’application Scoliomètre et l’angle de rotation du tronc sont des outils de dépistage de l’asymétrie du tronc : ils ne mesurent pas l’angle de Cobb, ne permettent pas de diagnostiquer une scoliose et ne remplacent ni l’examen ni l’imagerie réalisés par un professionnel de santé qualifié. Si une valeur est élevée ou se confirme à la hausse, demandez un avis médical.