Relu par le Dr Kevin Lau, D.C., M.H.N.
Fondateur de ScolioLife et concepteur de l’application Scoliomètre, il consacre depuis plus de 25 ans sa pratique à la prise en charge non chirurgicale de la scoliose. Docteur en chiropratique (États-Unis) et titulaire d’un master en nutrition holistique.
Dernière mise à jour : 14 août 2026.

Prenez le carnet de santé de votre enfant et ouvrez les pages d’examen des 8–9 ans, des 11–13 ans ou des 15–16 ans. Une ligne y est déjà imprimée : « Statique vertébrale : scoliose ☐ non ☐ oui ». La question que vous vous posez ce soir, en regardant le dos de votre enfant, est donc exactement celle que le médecin doit renseigner lors des examens de suivi. Se la poser chez soi, entre deux rendez-vous, n’a rien d’excessif : c’est un geste de dépistage, destiné à décider s’il faut demander un avis. Ce n’est pas un diagnostic, et cela ne mesure pas l’angle de Cobb, qui suppose une radiographie interprétée par un médecin.
Ce guide décrit un contrôle à la maison sûr, calme et reproductible : ce qu’il faut observer, comment ajouter une mesure objective de l’angle de rotation du tronc (ATR) avec un scoliomètre sur smartphone, comment lire le résultat sans s’alarmer et, surtout, à quel moment cesser de mesurer pour consulter.
Le scoliomètre sur smartphone et les repères visuels décrits plus bas évaluent la surface du dos : l’asymétrie et la rotation du tronc que l’on peut voir et mesurer sans imagerie. C’est réellement utile pour repérer ce qui mérite un regard professionnel. En revanche, ils ne mesurent pas la déviation latérale de la colonne (l’angle de Cobb), ne confirment aucun diagnostic et ne disent rien de la cause. Ces réponses viennent d’un médecin, le plus souvent avec une radiographie. Pour situer les choses : la scoliose idiopathique concerne 0,5 à 2 % des enfants de 8 à 15 ans, et les filles sont concernées 5 à 10 fois plus souvent que les garçons.
| Un contrôle à la maison PERMET de | Un contrôle à la maison NE PERMET PAS de |
|---|---|
| Repérer une asymétrie visible (épaules, taille, côtes) | Diagnostiquer une scoliose |
| Obtenir une mesure objective de l’ATR (rotation du tronc) | Mesurer l’angle de Cobb |
| Suivre l’évolution dans le temps, à technique constante | Remplacer une radiographie ou un examen clinique |
| Décider quand demander un avis professionnel | Préciser le type ou la cause d’une courbure |
Placez-vous derrière la personne et observez la symétrie, de la tête aux hanches. Vous comparez le côté droit et le côté gauche. Regardez :
Une épaule est-elle plus haute que l’autre ? La tête est-elle centrée au-dessus du bassin, ou penche-t-elle d’un côté ?
Une omoplate ressort-elle davantage ou se situe-t-elle plus haut que l’autre ?
L’espace entre chaque bras et la taille est-il inégal ? Une hanche semble-t-elle plus haute, la ligne de taille asymétrique ?
Le corps penche-t-il ou se décale-t-il d’un côté, au lieu de s’aligner régulièrement au-dessus des pieds ?
Un signe isolé est fréquent et le plus souvent sans conséquence. C’est un ensemble d’asymétries, ou une asymétrie franchement visible, qui rend l’étape suivante utile.
C’est le geste de dépistage le plus utile à la maison, et celui autour duquel sont construits les programmes de dépistage scolaires et cliniques. Demandez à la personne de se tenir pieds joints, genoux tendus, puis de se pencher lentement vers l’avant comme pour toucher ses orteils, bras relâchés et paumes rapprochées. Observez le dos par derrière, à hauteur de la colonne, le regard bas.
Vous cherchez une gibbosité, c’est-à-dire une zone surélevée d’un seul côté du dos, signe d’une rotation du tronc. Un dos plat et régulier est rassurant ; une gibbosité visible d’un côté est le signal qu’il faut la mesurer objectivement. Pour la technique complète, le placement et les limites de ce test, consultez notre guide dédié au test de flexion antérieure.
Une asymétrie vue debout ne signe pas une scoliose. Si le dos redevient symétrique en flexion, qu’aucune gibbosité n’apparaît et que l’asymétrie s’efface en position allongée, il s’agit le plus souvent d’une attitude scoliotique : une déviation réductible, sans rotation des vertèbres, liée par exemple à une différence de longueur des membres inférieurs, à une contracture ou simplement à la façon dont l’enfant se tient. Une scoliose structurale, elle, s’accompagne d’une rotation : la gibbosité persiste en flexion et se mesure. C’est exactement cette distinction que le test de flexion antérieure et la mesure de l’ATR permettent d’approcher, et c’est le médecin qui la tranche.
L’œil repère bien une asymétrie, mais il la quantifie mal. C’est là qu’un scoliomètre sur smartphone aide. La personne restant penchée en avant, posez délicatement le téléphone en travers du dos, perpendiculairement à la colonne, à l’endroit où la gibbosité paraît la plus marquée. L’application mesure l’angle de rotation du tronc : de combien un côté du tronc est surélevé par rapport à l’autre.
Déplacez-vous lentement le long du dos, en haut (région thoracique), au milieu et en bas (région lombaire), et retenez la valeur la plus élevée. Répétez deux ou trois fois pour vérifier qu’elle est stable. Un ATR mesure une rotation du tronc ; ce n’est pas l’angle de Cobb et il ne diagnostique pas une scoliose, mais il transforme « ça me semble un peu de travers » en un chiffre que l’on peut suivre et sur lequel on peut décider.
Aucun texte français ne fixe de seuil chiffré de rotation du tronc : ni le carnet de santé, ni les textes qui organisent les visites scolaires. Les repères ci-dessous sont la convention internationale de dépistage retenue par l’application. Ils orientent votre prochaine étape, ils ne posent pas de diagnostic :
| Mesure ATR | Ce que cela suggère généralement |
|---|---|
| Moins de 5° | Faible. Poursuivez une simple surveillance ; recontrôlez de temps en temps pendant la croissance. |
| 5°–6° | À surveiller. Refaites soigneusement la mesure et suivez l’évolution ; un avis professionnel se justifie, en particulier chez un enfant qui grandit vite. |
| 7° ou plus | Seuil couramment retenu pour demander une évaluation professionnelle. |
| Une valeur plus élevée qu’au contrôle précédent | Ne concluez pas sur une seule mesure. Refaites-la un autre jour, dans les mêmes conditions et par la même personne. Si la valeur élevée se reproduit, parlez-en à votre médecin traitant. |
Gardez en tête que les résultats varient d’une personne à l’autre et dépendent de la technique, du téléphone et de qui mesure : les mesures répétées d’un même dos diffèrent de plusieurs degrés d’un observateur à l’autre. Une tendance relevée de façon constante dans le temps est bien plus parlante qu’une valeur isolée. Dans le doute, demandez un avis : voyez quand une mesure au scoliomètre justifie un avis professionnel.
Les courbures de l’adolescent évoluent le plus vite pendant la période où la croissance s’accélère, souvent une augmentation de taille de 7 à 10 cm sur une année. C’est donc le moment où contrôler et recontrôler compte le plus. Voyez notre guide sur la surveillance pendant la croissance pour le rythme et les signes à suivre.
En France, le dos de votre enfant est regardé à plusieurs reprises en dehors du cabinet, mais moins systématiquement qu’on ne l’imagine. Le carnet de santé pose la question noir sur blanc, « Statique vertébrale : scoliose ☐ non ☐ oui », aux pages d’examen des 8–9 ans, 11–13 ans et 15–16 ans. Les textes qui organisent la santé scolaire, eux, n’emploient pas le mot : l’arrêté du 3 novembre 2015, modifié le 20 août 2021, prévoit seulement un repérage des « troubles de la statique » lors de la visite de la sixième année, réalisée par un médecin, et un examen de la « posture du dos » lors de la douzième année, réalisé par un infirmier. Avant la modification de 2021, aucun item vertébral n’y figurait.
Cette visite de la sixième année n’est pas assurée partout : dans une réponse ministérielle du 14 novembre 2023 (question écrite n° 8926), le gouvernement reconnaît que l’organisation actuelle « ne permet effectivement pas de réaliser la visite de la sixième année à cent pour cent sur tous les territoires ». Ce n’est pas un motif d’inquiétude, c’est une raison de ne pas attendre passivement : quelques minutes de contrôle à la maison, répétées pendant les années de croissance, comblent tranquillement l’intervalle entre deux rendez-vous.
Dans certains secteurs, un dépistage du dos est également proposé en CM1, vers 9–10 ans, par un masseur-kinésithérapeute : gratuit, facultatif, réalisé en quelques minutes, l’enfant restant habillé. Il suppose une autorisation parentale signée. Si ce papier est passé par le cartable de votre enfant, la question à se poser ce soir est simple : avez-vous signé l’autorisation parentale ?
Les adultes aussi peuvent avoir une scoliose : soit une courbure présente depuis l’adolescence, soit une courbure dégénérative apparue plus tard. Les mêmes repères visuels et la même mesure de l’ATR s’appliquent, même si un adulte remarquera plutôt des douleurs de dos, une raideur ou un changement de posture qu’une gibbosité qui grandit. Une asymétrie nouvelle ou qui s’accentue chez un adulte mérite un avis professionnel.
Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant ou votre pédiatre, plutôt que d’attendre, si vous constatez :
Le médecin traitant reste la porte d’entrée : il examine, consigne le résultat dans le carnet de santé et, si nécessaire, oriente vers un chirurgien orthopédiste, un médecin MPR (médecine physique et de réadaptation), un rhumatologue ou un masseur-kinésithérapeute. Seule une évaluation professionnelle, complétée si besoin par une radiographie, permet de confirmer ou d’écarter une scoliose et de décider entre une simple surveillance, une rééducation ou un corset. Le dépistage à la maison sert uniquement à arriver au bon moment devant la bonne personne.
Mesurez l’angle de rotation du tronc sur iPhone ou Android et conservez un historique que vous pourrez suivre dans le temps. Une aide au dépistage, pas un outil de diagnostic.
Non. Un contrôle à la maison est une étape de dépistage, pas un diagnostic. Il vous aide à décider s’il faut demander une évaluation professionnelle, mais seul un médecin, le plus souvent à l’aide d’une radiographie, peut confirmer une scoliose et mesurer l’angle de Cobb.
Un angle de rotation du tronc inférieur à 5° est généralement considéré comme faible. Une mesure de 5° à 6° mérite attention et un contrôle répété, et 7° ou plus est le seuil couramment retenu pour demander une évaluation professionnelle. Ce sont des repères de dépistage, pas des seuils diagnostiques.
Chez un enfant ou un adolescent en croissance, un contrôle tous les quelques mois pendant les années où il grandit le plus vite est raisonnable. Conservez la même technique et, idéalement, la même personne pour mesurer, afin que les variations dans le temps aient un sens. Demandez un avis plus tôt si vous constatez une asymétrie nette ou qui augmente.
Les repères visuels et la mesure de l’angle de rotation du tronc sont non invasifs et n’exposent à aucun rayonnement : ils peuvent donc être réalisés à la maison sans risque. Le principal risque est de mal interpréter le résultat, soit en s’inquiétant inutilement, soit en se rassurant à tort. Servez-vous d’un contrôle à la maison pour décider s’il faut consulter, pas pour affirmer ni écarter une scoliose.
Une mesure isolée varie avec la technique et le positionnement. Refaites-la soigneusement dans les semaines qui viennent, avec la même méthode, le même endroit et la même personne. Si la valeur élevée se reproduit, atteint 7° ou plus, ou s’accompagne d’une asymétrie visible, prenez rendez-vous avec votre médecin traitant plutôt que de continuer à mesurer à la maison.
Avertissement médical : cet article a une visée d’information générale et ne constitue ni un avis médical, ni un diagnostic, ni un traitement. Un scoliomètre sur smartphone mesure l’angle de rotation du tronc comme aide au dépistage ; il ne mesure pas l’angle de Cobb et ne permet pas de diagnostiquer une scoliose. Les résultats varient selon l’âge, la maturité osseuse, le type de courbure, la technique, l’appareil utilisé et des facteurs individuels. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié au sujet de votre dos ou de celui de votre enfant.